LES COMPOSITEURS
GABRIEL FAURÉ
Né à Pamiers (Ariège), le 12 mai 1845; mort à Paris, le 4 novembre 1924. Quoique de famille non musicienne, le jeune Fauré manifesta très tôt des dons qui le firent admettre gratuitement, à l'âge de neuf ans, à la célèbre Ecole Niedermeyer, à Paris. Il y demeura onze ans, et y reçut un enseignement qui devait influencer notablement son style d'écriture : pratique des grands maîtres allemands - de Jean-Sébastien Bach en particulier -, fréquentation du plain-chant et de la modalité grégorienne, souci des modulations raffinées. Grâce à Saint-Saëns, qui remplaça Niedermeyer à la classe de piano en 1861, Fauré acquit également la connaissance de Schumann, de Liszt et de Wagner, sans oublier Beethoven qu'il pratiquait déjà couramment. Puis Fauré entama une brillante carrière d'organiste qu'il mena pendant une trentaine d'années, d'ailleurs plus pour gagner sa vie que pour goût véritable. En 1896, il devint titulaire du grand orgue de la Madeleine, et, de la même année, fut nommé professeur de composition au Conservatoire (succédant à Massenet). Parmi ses élèves, qui bénéficièrent alors d'un enseignement lumineux, Florent Schmitt, Georges Enesco, Charles Koechlin, et - le plus célèbre de tous - Maurice Ravel. En 1905, Fauré devint directeur de même établissement, mais une surdité naissante le contraignit à démissionner de ce poste en 1920. Il vécut dès lors ses dernières années dans l'isolement et, à sa mort, reconnu comme l'un des grands compositeurs de son temps, eut des obsèques nationales. L'art de Fauré n'a pas toujours recueilli les suffrages unanimes du public, enclin à lui reprocher sa discrétion, sinon son élitisme. Reproche injustifié : la sensibilité toute française du musicien, ennemi de l'emphase, s'exprime à travers la clarté mélodique et toutes les subtilités de l'écriture harmonique. D'une production qui n'est pas immense mais de qualité, se détache la musique vocale : hormis les mélodies, ce sont ici les messes - dont le célèbre Requiem - composées par cet incroyant avec une ferveur surprenante, auxquelles s'ajoutent quelques pièces sacrées et diverses partitions laissant une place aux chœurs.
JOHANNES BRAHMS
Né à Hambourg, le 7 mai 1833; mort à Vienne, le 3 avril 1897. Il commença l'étude de la musique avec son père (qui était corniste et contrebassiste), travailla le piano avec Kossel, et la composition avec Marxsen. Dans sa jeunesse, il fut pianiste de cabaret et donna des leçons, puis, à partir de 1848, se produisit dans des récitals. En 1853 il effectua une tournée avec le violoniste hongrois Eduard Remenyi, qui lui transmit des mélodies populaires hongroises (en fait tziganes), mais avec lequel il se brouilla bientôt. La même année il fit la connaissance de Joachim et de Schumann, qui l'encouragea chaleureusement. Avec Clara Schumann, Brahms conserva toute sa vie des relations de proche amitié. Entre 1854 et 1859 il écrivit son premier Concerto pour piano, qui marque l'aboutissement de sa première période, dite « Sturm und Drang ». En 1857 - 1859 il fut directeur de la musique à Detmold. Les deux Sérénades, premières œuvres pour orchestre seul, datent de 1858 et 1860. N'ayant pu trouver de poste stable dans sa ville natale, Brahms se fixa à partir de 1862 à Vienne, qu'il ne quitta plus, sauf pour des tournées ou des villégiatures. En 1864 il rencontra Wagner qui, par la suite, le harcela de sa malveillance. En revanche, Brahms bénéficia toute sa vie du soutien inconditionnel - souvent maladroit - du célèbre critique Hanslick. Les années 1860 sont consacrées à des grandes œuvres pour piano (Variations pour un thème de Haendel, sur un thème de Paganini), à la musique de chambre et au Requiem allemand. Il faut attendre 1873 pour que le compositeur revienne à l'orchestre avec les Variations sur un thème de Haydn, bientôt suivies par la Première Symphonie, dont les ébauches remontent au milieu des années 1850, et qui fut achevée en 1876. La Deuxième Symphonie date de 1877, suivie de la même année de Concerto pour violon, qui reste une de ses œuvres les plus célèbres. De 1872 à 1875, Brahms dirigea la Société des Amis de la Musique de Vienne. En 1878 il fit la connaissance de Dvorak, qu'il admira et soutint. En 1879 il effectua une tournée avec Joachim. Un de ses plus grands chefs-d'œuvre, son Deuxième concerto pour piano, fut achevé en 1881. Ses Troisième et Quatrième Symphonies suivirent (1883 - 1885), après quoi Brahms ne revint à l'orchestre qu'en 1888 avec son fort beau et original Double Concerto pour violon et violoncelle. Héritier de Beethoven par la teneur conflictuelle de sa musique, de Schubert par son attachement au thématisme populaire, de Schumann par son lyrisme agité et son sens de l'héroïsme chevaleresque, Brahms est aussi fortement attaché aux maîtres et aux modèles classiques et préclassiques. Sa musique chorale, en particulier, en apporte très souvent la preuve.
WOLFGANG AMADEUS MOZART
Né le 27 janvier 1756, à Salzbourg; mort le 5 décembre 1791, à Vienne. Fils du compositeur et maître de chapelle de Salzbourg, Léopold Mozart, il manifesta des dons musicaux extrêmement précoces. Dès l'âge de cinq ans, il composait. Il avait six ans lorsque son père l'emmena en tournée, comme enfant prodige, avec sa sœur Nannerl. Au cours de ces voyages formateurs, il traversa l'Europe -dont Mannheim où il découvrit l'orchestre le meilleur du continent, et Paris (1763) où il subit l'influence de Schobert. A Londres (1764), il rencontre Jean-Chrétien Bach, maître du style « galant », et Vienne (1768) lui révéla le théâtre de Gluck. Puis l'Italie apporta le complément indispensable de sa formation dramatique : c'est à Rome qu'il réussit le tour de force de noter de mémoire le célèbre Miserere d'Allegri, et c'est à Milan qu'il put faire représenter son premier opéra seria, Mitridate avec un vif succès. Après un second voyage en Italie et les triomphes qu'il u connut, Salzbourg apparut au jeune musicien comme une caserne, d'autant plus qu'il se heurta très vite au nouveau prince-archevêque, Hieronymus Colloredo. Hormis un séjour à Munich en 1775, il ne quitta plus sa ville natale jusqu'en 1777, subissant la tutelle du prince-archevêque, mais composant d'abondance (deux cents partitions achevées à l'âge de dix-sept ans !). Lorsqu'il quitta enfin Salzbourg, sa mère l'accompagna dans a dernière tournée de concerts : à Paris, dont l'accueil fut glacial en dépit des efforts déployés par son ami le baron Grimm, la mort de sa mère l'incita au retour à Salzbourg, où il fut nommé en 1779 organiste de la Cour. Puis une commande de l'électeur de Bavière, l'opéra Idoménée (1781), lui fournit l'occasion de secouer le joug salzbourgeois tout en s'émancipant de l'autorité paternelle. Ayant rejoint Vienne et décidé de s'y installer définitivement, Mozart rompt alors avec Colloredo et épouse en 1782 Constance Weber - peu après la première présentation de son Enlèvement au sérail. La découverte simultanée de l'art de Bach va profondément marquer son style, où le contrepoint prend désormais une place plus importante (Messe en ut mineur, 1783). Le pianiste Mozart triomphe également avec ses grands concertos et, en 1784, trouve une sorte d'idéal fraternel dans la franc- maçonnerie. Pour vivre, il donne des leçons ou se produit dans des Académies. L'échec viennois de son chef-d'œuvre dramatique, les Noces de Figaro (1786), est compensé par le triomphe pragois de Don Giovani (1787). Cependant, des difficultés sans nombre surgissent, financières surtout. La nomination au poste de Compositeur de la Chambre impériale n'offre qu'un titre illusoire, tandis que s'accumulent les plus grandes œuvres - en particulier Così fan tutte (1790), dont le succès se trouve compromis par la mort de Joseph II. 1791 : Mozart n'a plus que quelques mois à vivre, mais ceux-ci, tous hantés qu'ils soient par la présence de la mort, s'accompagnent d'un sublime retour à la transparence des jeunes années, avec la composition d'œuvres uniques dans lesquelles son génie a rarement paru aussi grand : l'Ave verum, l'opéra la Flûte enchantée, le Concerto pour clarinette, et le Requiem laissé inachevé. Lorsque Mozart quitte la vie, c'est dans la misère, à l'âge de trente-cinq ans...
GUISEPPE VERDI
Né le 10 octobre 1813, à Roncole di Bussetto, près de Parme; mort le 27 janvier 1901, à Milan. Enfant d'un milieu modeste, Verdi épuise rapidement toutes les ressources de l'enseignement musical de sa province d'origine. Mais l'entrée au Conservatoire de Milan lui est refusée. Il étudie alors d'arrache-pied avec le professeur Lavigna, avant de rentrer au pays comme maître de chapelle à Bussetto. En 1836, il épouse Margherita Barezzi, la fille de son protecteur. Oberto, son premier opéra (1839), est bien accueilli à la Scala de Milan. Un Giorno de regno, en revanche, tombe la saison suivante. Abattu par la mort successive de Margherita et de leurs deux enfants, Verdi songe à renoncer. Il faut toute l'insistance de l'imprésario Merelli pour qu'il reprenne sa plume : c'est Nabuco, qui triomphe à la Scala en 1842. Le mouvement nationaliste a trouvé son chantre, et Verdi reprend goût à la vie. Son style s'affine avec la rencontre du librettiste Piave : Ernani (1884), premier fruit de leur longue collaboration, porte déjà en germe la dramaturgie verdienne, avec le conflit triangulaire entre soprano, ténor et baryton, sur fond d'instabilité sociale et politique. La révolution de 1848 propulse le compositeur au rang de héros national. Verdi, pourtant, cherche son style en ces années d'hésitation qu'il nomme lui-même « années de galère », et où naissent I due Foscari (1844), Giovanna d'Arco (1845), Alzira (1845) et Attila (1846). Avec Macbeth (1847), où est dessiné l'un des plus formidables personnages féminins du répertoire verdien, c'est le début d'une fructueuse collaboration posthume avec Shakespeare. La maturité de Verdi se confirme avec Luisa Miller (1849), d'après Schiller (qui a déjà inspiré I Masnadieri en 1847 et fournira le sujet de Don Carlos). Le touchant Stiffelio est suivi de la célèbre trilogie : Rigoletto (1851), Il Trovatore (1853) et la Traviata (1853). Verdi prend goût aux personnages hors norme, mis au ban de la société, et les peint avec un pinceau de plus en plus précis. Les Vêpres siciliennes (1855), puis Simon Boccanegra (1857), Un bal masqué (1859) et la Force du destin (1862) témoignent d'une recherche nouvelle sur la forme avec des constructions plus vastes, ainsi que l'utilisation de motifs récurrents et du récitatif continu. Ces recherches aboutissent dans Don Carlos, grand opéra à la française (1867). Aïda (1871), écrit pour l'inauguration du canal de Suez, précède de trois ans le Requiem (1874), composé à la mémoire du poète Manzoni. Verdi couronne son œuvre en renouant par deux fois avec Shakespeare : Otello (1887) et Falstaff (1893). Verdi, qui a enfin rencontré son librettiste idéal en la personne d'Arrigo Boito, y dresse alors le bilan musical de cinquante années consacrées au théâtre.
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